Voir aussi
Quand c’est fragile, ça finit par craquer. Les investisseurs parient sur la vigueur du dollar américain depuis si longtemps qu’ils ont porté leurs positions longues sur le billet vert à leur niveau le plus agressif depuis 2014. Il n’était qu’une question de temps avant qu’un élément déclencheur ne vienne faire s’effondrer cette construction, et il s’est matérialisé en deux endroits : Tokyo et Washington.
La semaine dernière, la Réserve fédérale a interrompu son cycle de relèvement des taux, suscitant immédiatement des doutes quant à la détermination de Kevin Warsh à lutter contre l’inflation. Le marché des produits dérivés était déjà nerveux ; les capacités du nouveau président étaient remises en question depuis sa nomination. Toutefois, ces doutes sont restés théoriques jusqu’à la fin de la réunion, lorsqu’ils se sont traduits par des ventes massives de dollars américains.
Le lendemain, le Japon a frappé sur un autre front. Une intervention coordonnée de Tokyo et Washington pour soutenir le yen aurait coûté un montant record, environ 34 milliards de dollars vendredi, après 52,8 milliards dépensés la veille. Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a promis que les États-Unis n’hésiteraient pas à revenir sur le marché. Pour le dollar, cela a ouvert un second front, en plus des doutes entourant la Fed.
Dynamiques de l’USD/JPY et projections pour les taux de la Fed et de la Bank of Japan
Cependant, il serait prématuré d’y voir déjà un retournement structurel. Selon ING, les interventions sur le marché des changes ne sont qu’un remède temporaire, et ce sont les trajectoires des taux d’intérêt qui détermineront le sort du billet vert. Les marchés monétaires continuent d’anticiper près de 70 % de probabilité d’un resserrement de la politique monétaire dès septembre et en sont presque pleinement convaincus d’ici la fin de l’année. Sauf forte baisse du pétrole, renoncer au resserrement monétaire nuirait bien davantage à la crédibilité du nouveau président de la Fed que n’importe quelle intervention.
Parallèlement, le Trésor semble avoir financé ses achats de yens en utilisant des euros plutôt que directement des dollars américains : depuis le 30 juillet, l’euro s’est affaibli face à la plupart de ses partenaires du G10. En conséquence, le billet vert perd du terrain contre le yen beaucoup plus rapidement que contre l’euro.
Dans le même temps, la géopolitique apporte une lueur d’espoir. Donald Trump a annulé une attaque de grande envergure contre l’Iran, et Téhéran a fait état de progrès dans les négociations avec Oman concernant l’augmentation du nombre de navires traversant le détroit d’Hormuz. L’accord ne porte pour l’instant que sur une route temporaire, et rien n’indique une réouverture complète de cette artère. Mais le marché s’est déjà habitué à acheter la rumeur par anticipation.
Les fondamentaux évoluent progressivement en faveur de l’EUR/USD. La diplomatie qui prend le pas sur les bombardements au Moyen-Orient profite à l’euro, tandis que les doutes autour de la volonté de Warsh de relever les taux pèsent sur le dollar américain. Combinée aux interventions sur le marché des changes, cette situation commence à faire craquer les positions du billet vert. Toutefois, ce dernier est encore loin de vouloir capituler.
Techniquement, une barre dotée d’une longue ombre inférieure s’est formée sur le graphique quotidien de l’EUR/USD, signalant la faiblesse des vendeurs. Une cassure au-dessus des résistances à 1,1545 et 1,1560 fournirait une base pour renforcer les positions longues en euro contre le dollar américain, ouvertes sur le rebond depuis 1,1470.