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La paire USD/JPY poursuit son mouvement latéral pour la deuxième semaine consécutive, reflétant l’indécision tant des acheteurs que des vendeurs. La paire a corrigé après une hausse rapide de 400 pips, depuis la base du niveau 155 jusqu’à un sommet local à 159,36. La tendance haussière s’est essoufflée le 19 mai avant de s’éteindre complètement, sur fond de signaux géopolitiques encourageants et de risques persistants d’intervention sur le marché des changes.
Rappelons que les autorités japonaises ont signalé leur présence sur le marché des changes à deux reprises cette année : le 30 avril et le 6 mai. Dans le premier cas, les banques centrales sont intervenues après que la paire USD/JPY a atteint un plus haut de près de deux ans, dépassant 160,70. En réaction à cette intervention, la paire est rapidement retombée à 155,58. Toutefois, dès le lendemain, les acheteurs ont rapidement repris l’initiative et, en moins d’une semaine, ont ramené les prix au seuil des 158. À ce stade, les autorités japonaises sont de nouveau intervenues, provoquant une baisse de près de 300 pips vers la base de la zone des 155. Une fois encore, les vendeurs n’ont pas réussi à conserver leurs positions, laissant aux acheteurs l’opportunité de se servir de ce mouvement baissier comme prétexte pour ouvrir des positions longues. Finalement, la paire est revenue dans la zone des 159.
Fait intéressant, dans cette fourchette de prix, la paire USD/JPY a marqué une pause, sans le moindre signal ni, a fortiori, la moindre action des régulateurs japonais. Même durant les périodes de vigueur générale du dollar, le cours a évolué à plat, oscillant dans une bande étroite.
Les acteurs du marché ont même ignoré le rapport publié vendredi sur l’IPC du Japon, qui a mis en évidence un ralentissement de l’inflation au pays du Soleil-Levant. Tous les éléments de la publication se sont révélés inférieurs aux prévisions, parfois de manière significative.
Par exemple, l’indice global des prix à la consommation est tombé à 1,4 % en glissement annuel en avril, alors que la plupart des analystes anticipaient une hausse à 1,6 % (contre 1,5 % précédemment). Hors prix des produits frais, l’indice a lui aussi montré une dynamique baissière, ralentissant à 1,4 % alors que les prévisions tablaient sur une progression à 1,8 %. Enfin, le Core-Core CPI (hors produits frais et énergie) a également nettement reculé, à 1,9 %, contre 2,4 % précédemment.
À première vue, de tels résultats auraient dû accentuer la pression sur le yen, dans la mesure où ils réduisent la probabilité d’un resserrement monétaire supplémentaire de la part de la Bank of Japan dans un avenir prévisible. Pourtant, le marché des changes a largement ignoré cette publication, et la paire USD/JPY a même atteint un plus haut intraday à 159,25. Cette réaction s’explique par la structure même du rapport.
La principale raison de cette « froideur » du marché tient au fait que le ralentissement de l’inflation en avril est considéré comme temporaire. Des programmes publics de soutien clés, principalement les subventions pour l’électricité et le gaz, ont joué un rôle important. Ces mesures ont en pratique « étouffé » les hausses de tarifs des services publics, exerçant une pression baissière sur les indicateurs d’inflation.
En d’autres termes, le ralentissement de l’IPC ne découle ni d’un affaiblissement marqué de la demande intérieure au Japon ni d’une disparition des tensions sur les prix, mais bien de l’intervention de l’État.
De plus, le marché sait que ce facteur est par nature temporaire. Le gouvernement japonais commence déjà à réduire progressivement ces subventions énergétiques, en diminuant les volumes de compensation versés aux fournisseurs d’électricité et de gaz. Cela signifie que l’effet qui a artificiellement contenu l’inflation en avril va commencer à s’estomper dans les prochains mois, jusqu’à disparaître complètement. Une fois cet effet dissipé, ce segment deviendra un puissant moteur de progression à la hausse de l’IPC.
Dans le même temps, les opérateurs ont ignoré le ralentissement des indicateurs d’inflation sous-jacente, en tenant compte de l’effet de la base élevée de l’an dernier. Par ailleurs, l’inflation dans le secteur des services est restée à 1,7 % en avril, ce qui traduit une demande intérieure solide et l’absence de refroidissement marqué des tensions inflationnistes.
Le consensus de marché est que la baisse du Core-Core sous le seuil des 2 % n’est qu’un phénomène temporaire, d’autant plus dans le contexte du récent cycle de négociations salariales (« shunto »). Au vu des résultats de ces négociations, l’inflation dans les catégories sensibles aux salaires pourrait se stabiliser ou même repartir à la hausse dans les prochains mois.
Ainsi, le marché a de bonnes raisons de ne pas se laisser influencer par le rapport sur l’IPC d’avril au Japon. S’y ajoutent les risques d’intervention sur le marché des changes si la paire USD/JPY se rapproche du seuil des 160. Dans le même temps, les vendeurs se montrent prudents sur fond de rumeurs selon lesquelles les États-Unis et l’Iran seraient proches de conclure un accord préliminaire susceptible de « rouvrir » le détroit d’Ormuz.
L’ensemble de ces facteurs laisse penser que la paire USD/JPY devrait rester en phase de consolidation latérale à court terme—au moins jusqu’à ce que l’incertitude entourant les négociations États-Unis–Iran soit levée. La fourchette de prix « de travail » demeure 158,80–159,20 (les bornes inférieure et supérieure des bandes de Bollinger sur l’unité de temps H4). Dans la configuration actuelle, il semble pertinent de trader les extrémités de ce corridor, en ouvrant des positions vendeuses lorsque le prix s’approche de la borne supérieure et des positions acheteuses lorsqu’il se replie vers la borne inférieure.